1- Qu’est-ce donc que Animoto ? En quoi consiste cette récente application proposée au public dans le courant de l’année 2008 par des professionnels de la production cinématographique et musicale newyorquais ? Quels intérêts et nouveautés présente-t-elle ?
Voyons ce que l’on trouve à ce sujet sur internet :
• « Animoto est un nouvel outil de mashup qui vous permet de créer une vidéo à partir de vos images et fichiers musicaux. […] » [Un mashup en informatique est un site internet ou une application dont le contenu provient de la combinaison de plusieurs sources d'information]
http://fr.mashable.com/2007/08/06/animoto-transformez-vos-images-musique-en-un-trailer-de-film/
• « Loin d’être un simple outil de création à la “slideshow”, Animoto possède une particularité étonnante : il utilise l’intelligence artificielle pour offrir un service unique. Le résultat ? La vidéo finale se rapproche bien plus d’une création professionnelle que d’un diaporama musical fait à la va-vite. »
http://www.infos-du-net.com/actualite/11578-Animoto-montage-video-image-musique.html
• « Animoto c’est un service comme on en voit pas tous les jours, une plateforme vraiment fluide et réactive qui vous permet de faire des montages vidéo de haute qualité avec vos photos. On est en plein dans une application Web 2.0. L’application est à la fois simple et complexe, il vous suffit de choisir un groupe de photos soit à partir de votre disque dur soit à partir du site Internet où elles sont logées comme Flickr ou Facebook par exemple, sélectionnez ensuite la musique soit depuis votre disque dur soit depuis la bibliothèque en ligne. Là où l’application est vraiment innovante et puissante c’est que c’est le programme qui est responsable de la production automatiquement de la vidéo. »
http://leblog.vendeesign.com/web20/animoto-montage-video-a-partir-de-vos-photos/
Comme on peut le constater, il s’agit donc d’une application qui fait appel à différentes sources photographiques et musicales (personnelles, ou disponibles en ligne), et qui contient un programme qui génère automatiquement des vidéos d’une qualité professionnelle que l’on compare souvent à des trailers de films de cinéma. Ensuite, la vidéo obtenue peut être mise en ligne sur des réseaux sociaux via Youtube, directement depuis le site Animoto.
Précisons que cette application est gratuite pour réaliser des vidéos de courte durée (maximum 30 sec.), et payante si l’on veut en réaliser des longues : soit 3€ la vidéo, soit 30€ pour un abonnement annuel.
Mais avant d’aller plus loin, observons le résultat avec cette vidéo que nous avons créée pour tester l’application.
2- Comment ça marche? Comment on s’y prend concrètement?
C’est très simple, et cela se passe en trois étapes:
1-Je sélectionne les photos de mon choix qui se trouvent soit sur mon ordinateur, soit sur une page internet, soit dans les collections de Animoto.

2- Je choisis la musique soit dans mes dossiers personnels, soit dans les collections thématiques du site.

3- Je laisse faire le programme qui va élaborer la vidéo, je ne m’occupe de rien d’autre pendant 5 minutes pour une vidéo courte ou 20 minutes pour une longue.

Et voilà! Ensuite je peux enregistrer la vidéo au format mp4 sur le disque dur de mon ordinateur (si je suis abonné), ou envoyer le lien par e-mail vers d’autres ordinateurs ou iPhone, ou encore la placer sur mon compte Youtube (gratuitement).
3- Quel intérêt pédagogique pour moi enseignant? Comment mettre cette application au service de mon enseignement?
Les créateurs de Animoto ont pensé aux enseignants et il y a sur ce site une page intitulée “for education” sur laquelle ont peut s’inscrire afin de recevoir des vidéos déjà élaborées se référant aux disciplines renseignées lors de l’inscription. Ceci est intéressant pour l’enseignant car c’est un nouveau support pédagogique qui peut servir à présenter un thème, une leçon, une activité de façon attrayante et impactante. Les élèves seront en effet plus à l’écoute qu’avec un support traditionnel.
Une autre utilisation peut avoir lieu après la réalisation d’une tâche ou d’une activité comme dans le cas de cette enseignante étasunienne qui propose un compte rendu d’une sortie en forêt avec sa classe; l’intérêt pédagogique est de taille car cela permet aux élèves de fixer toutes les notions apprises en extérieur et de plus ils ont le plaisir de se revoir, en tant qu’acteurs, lors de la sortie. Ils apprennent avec goût et envie.
On peut toutefois se demander si certaines utilisations de ce support sont vraiment utiles. Tout support doit avant tout servir au bon apprentissage et à l’assimilation cohérente pour les élèves. Prenons par exemple une leçon de mathématiques proposée par une autre enseignante étasunienne. Certes c’est intéressant, mais qui peut suivre une activité aussi rapide? Les bons élèves sans doute. Il n’est pas sûr que cela soit le cas des moins doués. De plus cette vidéo a du demander un temps de préparation très long car il a fallu préparer un diaporama “traditionnel” au préalable; ce temps de travail est-il rentable? On peut se poser la question.
4- Et plus concrètement pour moi enseignant de FLES?
Ce qui nous semble plus intéressant que l’utilisation par l’enseignant – qui, on l’a vu, a tout son intérêt – c’est l’utilisation par l’apprenant. On peut lui demander de réaliser une vidéo pour rendre compte d’une recherche sur un thème culturel par exemple (un fait historique, un musée, une région, une recette gastronomique, etc), ou alors pour proposer une “publicité” pour un produit, un film, un resto, un bar, ou autre chose, ou encore pour réaliser le résumé d’une séquence de cours (ce qui permettrait de vérifier si tout est clair pour lui), ou bien pour faire l’annonce d’un événement sportif, musical, politique, et bien d’autres choses.
Pour réaliser cette tâche, seul ou à plusieurs, l’apprenant doit mobiliser des compétences dans différents domaines; des compétences langagières et communicatives en premier lieu, mais aussi un certain esprit de synthèse – il faut faire court – et de créativité.
Pour ce qui est de l’évaluation par l’enseignant du travail réalisé, c’est plus délicat. Comment s’y prendre pour évaluer une telle production? S’il est possible pour lui de vérifier les compétences langagières, l’esprit de synthèse, ou les connaissances de chacun, il est en revanche bien plus compliqué de juger de la qualité esthétique d’une vidéo, d’autant plus qu’elle est générée automatiquement par un programme. Peut-être serait-ce une solution que de laisser le groupe des apprenants juger cet aspect-là. Ainsi par exemple, s’il s’agit d’un groupe qui possède un blog de classe, le choix des vidéos qui pourraient paraître sur celui-ci serait du ressort des apprenants (par le biais du vote – anonyme ou à main levée), l’enseignant se réservant un droit de véto pourquoi pas.
Ensuite il appartient à chaque enseignant d’adapter cette pratique à la situation particulière de son cours.
5- Quelles sont les limites ou les points contraignants de l’application Animoto ?
Tout d’abord l’interface est en une seule langue, l’anglais. Pour des apprenants de français, c’est un peu dommage, mais finalement bon nombre d’applications et de sites sont en anglais, et puis cela fait aussi partie de la réalité linguistique actuelle. Ce n’est donc pas un problème fondamental.
Les vidéos gratuites ne peuvent durer que 30 secondes : c’est très court ! Cela ne représente qu’une dizaine d’images maximum, texte compris. On ne peut pas s’étendre beaucoup. Il faut donc miser sur la concision et la précision dans le traitement du sujet.
Le nombre de caractères dans le texte est limité à 22 pour le titre et 30 pour le sous-titre, là encore on misera sur la concision et l’esprit de synthèse. Par ailleurs on peut aussi, et ceci nous semble très intéressant, utiliser Audacity pour enregistrer des voix et donc inclure de la production orale dans les vidéos.
Lorsqu’on commence une vidéo, il faut la finir car on ne peut pas enregistrer le projet. Cela veut dire que si la séance de cours ne dure que 50 minutes, il faut que les photos soient déjà prêtes sur le bureau de l’ordinateur afin de gagner du temps. Idem pour la musique. L’idéal est d’avoir une plage de 2 heures devant soi pour préparer la vidéo sereinement.
Ceci dit, une fois que la vidéo est faite on peut la modifier. Mieux vaut toutefois être bien vigilant lors de la conception pour n’oublier aucun détail. Cela oblige à être précis et méticuleux.
On pourra regretter à force de l’utiliser de ne pas pouvoir intervenir dans la finalisation de la vidéo, par rapport à la couleur de fond pour le texte par exemple, ou par rapport au choix d’animations pour le défilement des images. Sans doute y aura-t-il dans les applications à venir une part de création plus importante.
En guise de conclusion nous nuancerons le slogan affiché par Animoto et qui est le suivant : « Animoto – the end of slideshows » (Animoto – la fin des diaporamas). S’il est vrai que l’on passe à un niveau esthétique bien plus intéressant que dans les diaporamas classiques type Power Point, il n’en demeure pas moins que le diaporama garde toute sa place en tant que support pédagogique tout simplement parce qu’on peut contrôler le défilement des images ou pages, revenir en arrière si on veut, ou faire des pauses. Et ajoutons aussi que le support n’est rien sans le contenu et que quel que soit ce support il faudra avant tout avoir une intention pédagogique.
